Le ciel antérieur et le ciel postérieur du Yi jing
Le He tu (plan du fleuve jaune) et le Luo shu (livre de la rivière Luo), sont les bases du ciel antérieur et du ciel postérieur du Yi jing et des deux lois principales des mouvements de l’énergie à travers les cinq éléments.
Utilisés en médecine traditionnelle chinoises, ainsi qu’en feng shui, en Qi gong et dans bien d’autres domaines, le mouvement de l’énergie (Qi) qui circule à travers les cinq éléments, est relaté ici avec le concept des huit trigrammes du Yi jing.
Les huit trigrammes de Fu Xi à Yu le Grand
Le ciel antérieur ou à priori révélé à Fu Xi dans le plan du fleuve jaune (légende du cheval-dragon), nous donne le mouvement de l’énergie dans sa loi d’activation.
Le ciel postérieur ou à posteriori révélé à Yu le Grand par la vision d’une tortue géante surgie de la Rivière Luo (Luo shu), nous révèle le mouvement de la loi d’inhibition.
伏 fú : se pencher, s'incliner, se baisser, avouer, canicule, volt 羲 xī : empereur antique ; souffle, vapeur
Fu Xi est orthographié Fo Hi dans le livre de Wilhelm
L’image de Fuxi ou Fu Hsi (pīnyīn : Fúxī) ou encore Fo Hi apparaît dans l’un des épisodes de Stargate (SG-1) où c’est Yu le grand qui est nommé à sa place. Il est désigné comme étant à la base de la politique chinoise. Son rôle dans le film est celui d’un des grand maîtres Goa'uld qui vient sur terre pour négocier la paix.
Fu Xi est le légendaire inventeur des huit trigrammes du ciel antérieur (comparable à la loi d’activation de cinq éléments) et celui qui aurait découvert les mathématiques du Fleuve jaune (He Tu). Son origine est controversée et se situe aux environ de 3 mille ans avant notre ère.
Yu le Grand serait le légendaire découvreur du livre de la rivière Luo (Luo Shu) qui s’apparente avec le ciel postérieur et la loi de contrôle des cinq éléments.
Yu le grand et Fu Xi sont souvent confondus et cela provient certainement du fait qu’il n’y aucune preuve réelle de leur existence.
Les seuls personnages clé du Yi jing ayant semble-t-il vraiment existés, sont le roi Wen et Confucius.
Le livre des mutations est un classique chinois qui allie les images élémentaires de la nature avec des paroles ancestrales. Le tout est contenu dans une méthode de calcul subtile et géniale qui est à quelque part comparable à la Kabbale hébraïque.
Méthode d’interprétation du Yi jing
On ne peut pas réinventer la roue, mais il est certain que le Yi jing est encore en développement de nos jours, tout comme l’acupuncture ou la médecine traditionnelle chinoise.
Les intellectuels peuvent y faire leur beurre, tout comme les intuitifs, les spirituels, les artistes ou les politiciens.
On peut interpréter le Yi jing selon les images, les textes traditionnels ou en y calculant la position et la polarité des traits des hexagrammes.
Généralement lorsque la réponse survient, on s’en contente, parce qu’il est toujours possible d’allonger l’analyse, mais cela se passe rarement, faute de temps.
Ce qui advient alors, c’est une habitude et il semble qu’il ne soit pas possible de maîtriser parfaitement toutes les méthodes, tant elles sont diverses et nombreuses.
Traduction du chinois au français
En considérant le texte traditionnel, il y a de quoi s’arracher les cheveux, car si on le traduit mot à mot, cela peut vouloir dire des tas de choses, mais c’est tout sauf facile.
Exemple de l’image du premier hexagramme Qián (乾) Le Ciel"
天 tiān : Ciel
行 háng : Rang
健 jiàn : Bien portant, robuste
Traduction selon Wilhelm : « Le mouvement du ciel est puissant »
Le trigramme Dui ou Touei (兑 duì) se traduit par échanger et se caractère est couplé avec d’autres pour nommer des points d’acupuncture (Ex : E45 ou VG27).
Ce qui est intéressant dans l’écriture chinoise c’est qu’on y trouve des correspondances qui font des connections qui entraînent à l’intuition.
Par exemple le trigramme Dui est associé à l’ouest (西 xī ) dont le caractère ressemble au chiffre quatre (四 sì) et dont le son curatif (six sons) est "Sī" (口四) et dont la prononciation ressemble à "mort". Entre l’image de l’idéogramme et le son, il y a des liaisons évidentes. L’Ouest est associé au métal, au meurtre, à la tristesse, à la couleur blanche, au poumon, etc.
Comment aborder le livre des mutations ? C’est avant tout la manière de poser la question qui va déterminer la réponse.
Le Yi jing est un moyen de sondage de l’inconscient. C’est un éclaireur qui part en reconnaissance dans la trame de toute situation et qui va nous rapporter des informations sur la disposition présente, passée, ou ce qu’il pourrait bien advenir, ou encore un guide, tel le vieux sage qui donne des paroles à prendre en considération.
Poser les questions :
Qu’est ce que mon inconscient raconte ?
Qu’est que la tendance actuelle dit ?
Comment mieux comprendre et aborder mon existence ?
Qu’est-ce qu’il se trame ?
En apprenant à reconnaître nos résonances (distorsions intérieures), nous éduquons notre esprit conscient à ne plus porter de jugement extérieur (en mettant la faute sur les autres) et à revenir en nous-même en admettant nos imperfections. Ceci nous permet alors de trouver un équilibre et d’évoluer consciemment dans la perspective du changement constant.
Les résonances se révèlent souvent à travers le langage symbolique de l’oracle du Yi jing et par conséquent à travers les situations synchronistiques qui en résultent (soit, il y a toujours des épreuves). Ce qui nous énerve chez l’autre, n’est qu’une inacceptation d’une part de nous-même et le fait de reconnaître cette résonance et un bon bout de chemin parcouru vers l’évolution.
Avant de poser quelle question que ce soit, nous devrions à chaque fois nous demander si nous sommes tout d’abord prêt à changer en nous-même. Tout changement provient d’abord de l’intérieur de soi. Il n’est pas la peine de penser à changer le monde d’un coup de baguette magique, le Yi jing n’est pas un grimoire de magie noire.
L’œuvre du changement permanent
Le Yi jing n’est pas un livre religieux, ni d’ailleurs scientifique, mais plutôt un révélateur de la simple loi immuable du changement. Il sert à tisser un lien entre notre esprit conscient et l’inconscient, entre le rationnel et l’irrationnel, entre les preuves sociales (mouvements ou effets de masses) et un inconscient collectif global et universel.
L’exploration du Yi jing nous entraîne à considérer notre causalité individuelle en relation avec celle de l’univers.
Lorsque nous ajustons notre situation individuelle avec la collectivité, nous obtenons une position de synthèse qui permet une vue en perspective, ce qui nous permet de ne pas perdre l’équilibre délicat et subtil qui existe en permanence dans l’alternance de la bipolarité Yin et Yang. C’est le travail du caractère, de la personnalité ou de l’individualité adaptée à la société.
Le livre des mutations, classique des changements, livre des transformations ou Yi jing (Yi king) est un ouvrage qui a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années en Occident.
Le feng shui, l’acupuncture, le taiji quan, le qi gong taoïste et ceci pour ne citer que le principal, sont des pratiques traditionnelles qui font référence au Yi jing de par leurs racines ou parce qu’elles y aspirent.
Les variations du temps et les cycles perpétuels universels sont une conséquence obligatoire dans notre dimension matérielle et le fait de s’y adapter est un moyen de se transformer intérieurement en vue de changer le monde.
Les huit trigrammes
Les huit figures divinatoires du Yi jing sont des éléments naturels qui s’accordent ou se combattent selon leurs positions. La configuration des trigrammes lorsqu’ils sont couplés, donnent des images interprétables dans un langage universel.
Si l’on traduit à la lettre le nom du trigramme Duì (兑) qui selon le Yi jing signifie symboliquement le marais ou le lac (澤), on obtient les mots "changer, convertir, mêler, couper".
Qu’est-ce que le marais, le lac ou la brume vient changer ou convertir ?
Au delà de théories de synchronicité ou d’analyses purement rationnelles, il existe des messages donnés en permanence par la nature et tout particulièrement par les superpositions des huit trigrammes, qui nous soufflent une multitude d’informations, pourvu que nous puissions accepter de les accueillir sans forcément les comprendre d’une manière intellectuelle.
Le trigramme Duì (兑) est certainement le dernier de la famille des Bāguà puisqu’il fait référence à la plus jeune fille et que le caractère 兑 semble contenir le chiffre huit.
La plus jeune fille est imagée dans la famille universelle, comme la joie du lac, la douceur de la brume qui unifie le paysage ou l’éclat du marais.
Duì peut être une monnaie d’échange, une jeune fille que l’on peut marier ou simplement une attitude qui incite à la communication.
Le Yi jing est le livre des changements et Duì est un autre mot pour dire changement. Son union avec les autres trigrammes parle de mouvements évidents : marche, épousailles, limitation, diminution, approche, modération, opposition, résolution, suite, encerclement, influence, rassemblement, prépondérance et révolution.
Changement
Le changement est une loi Son mouvement est infini Son attribut est une joie Qui ne peut être définie
Le changement est un espoir Qui fait bouger des tas de choses Il suffit simplement d’y croire Car c’est là qu’est sa seule cause
Le changement est un allié Qui nous relève à chaque fois Que nous nous trouvons inclinés Et que nous croyons perdre foi
Le changement est un principe Existant éternellement Sa qualité est vraiment simple Elle perdure constamment
Le Yi jing est l’œuvre des changements perpétuels dans la nature et sa traduction peut être entreprise en tant qu’observateur des phénomènes existants dans le monde.
Un livre chinois
La traduction du Yi jing n’est pas simple, même pour les chinois, car ses textes anciens peuvent conduire à des interprétations variées, tout comme les caractères qui les composent.
L’approche par les images est une perspective intéressante qui nous plonge dans l’animisme ou le chamanisme et nous entraîne à découvrir la richesse extraordinaire de ce guide.
44 Gòu 姤
Sous le ciel est le vent
Le ciel représente le père et le vent est la fille aînée
Le vent peut être considéré comme une influence de dispersion
Le texte traditionnel donne l’image d’une souveraineté qui dispense ses décrets aux quatre vents
"Point d’acupuncture VG 20 (百会 baihui)"
Image de l’hexagramme 44
Traduction mot à mot
姤 后 以 施 命 誥 四 方
姤 Gòu 1.Copain 2. copuler 3. bon
后 hòu 1. arrière 2. descendant 3. reine (adv.) 1. derrière 2. après / ensuite 以 yǐ prendre / utiliser ( prép. ) 1.selon 2. à cause de 3. pour 施 shī 1. mettre en pratique / pratiquer / exercer 2. accorder / octroyer 3. exercer / employer / imposer 4. user de / répandre 命 mìng (n.) 1. vie 2. sort / fortune / destin 3. ordre / commandement (v.) ordonner 誥 gào (n.) décret impérial (v.) 1. dissuader / avertir 2. encourager 四 sì (num.) quatre 方 fāng (n.) 1. direction 2. côté 3. lieu 4. méthode / moyen (adj.) carré (adv.) seulement
Une reine dispensant des ordres ou décrets aux quatre directions
Le commandement du ciel sur la terre
Image de la noblesse intérieure
Elever le sommet de la tête * (BG 20)
Situation de l’hexagramme selon la loi des cinq éléments
Le métal (ciel) fend le bois
Le mouvement cyclique des cinq éléments se révèlent ici dans sa loi de domination. L’hexagramme 44 est peut-être ainsi également un conseil d’ajustement de sa posture, lors du positionnement face à une personne ou lors d’une décision à prendre. Autant sur le plan physique que psychique, le métal au dessus du bois, nous révèle ce qui doit être tranché.
En Taiji quan le sommet de la tête (BG 20) est poussé vers le haut, comme suspendu par un fil. Cet endroit est le lieu de rencontre entre nous et le ciel, c’est le point de rencontre et sans doute le meilleur endroit pour reconnaître notre nature inconsciente.
Dans l’ordre du ciel postérieur, le ciel a la position nord-ouest et le vent a la position sud-est, soit les deux trigrammes sont sur un même axe. En fengshui le vent est relatif à la prospérité et le ciel à "l’aide" qui va favoriser cette abondance. La configuration ciel-vent (44) nous donne l’image d’une rencontre et lorsqu’on inverse les positions, nous avons l’image d’un petit élevage (9), autrement dit, il s’agit de nourrir l’esprit.
La concentration au sommet de la tête est utilisée chez les kabbaliste (Couronne ou Keter) et le nombre 44 est celui des guides ou des anges. (Coin s’y danse)
Les étoiles volantes du feng shui sont des configurations de trigrammes couplés et interprétés selon la loi des cinq éléments.
Cette année 2009 la zone 4 du carré luo shu, reçoit l'influence du 8
L’année 2009 et la zone finance du feng shui
Dans le carré magique du feng shui (luo shu) la zone 4 est synonyme de richesse ou finance et selon les étoiles volantes (mouvement des trigrammes dans le carré magique) pour l’année 2009, on obtient la montagne (zone 8) au dessus du vent (4), ce qui devrait nous permettre d’en faire une interprétation par le Yi jing.
4 = Xun, le vent et 8 = Gen, la montagne
Le système des étoiles volantes met en rapport les trigrammes dans une rotation cyclique où la configuration se répète tous les 9 ans.
L'interprétation selon le feng shui est basée sur l'observation des trigrammes en tant que parts des cinq éléments. Le 8 (montagne = terre) au dessus du 4 (vent = bois) peut donner l'image de problèmes dans le monde de la finance.
La configuration de l'hexagramme 18 qui met en relation le chiffre 8 au dessus du 4 est totalement étrangère au feng shui traditionnel et ne saurait être une vérité prise à la lettre, toutefois lorsqu'on s'intéresse au Yi jing, on ne peut s'empêcher d’y jeter un coup d’œil, et de constater que cette année 2009, le travail sur la corruption est bien entrepris dans le domaine de la finance, notamment en Suisse avec le secret bancaire.
Le vent au pied de la montagne donne l’hexagramme 18 qui est parfois interprété comme le mouvement effleurer ou brosser le genou en Taiji quan. Ce geste de chasser l’insecte qui se trouve sur la cuisse ou le genou a été comparé à l’hexagramme 18, mais selon le Yi jing, le sens est bien de réformer certains systèmes qui paraissaient jusque là normaux et qui sont mis en lumière pour y être dénoncés.
Taiji quan et Yi jing
Le mouvement du Taiji quan "brosser le genou" est parfois identifié comme le vent qui circule au pied de la montagne, soit l'hexagramme 18 du Yi jing.
Zhōu Yì fait référence à la dynastie Zhōu qui semblerait-il fut la lignée la plus longue de l’histoire chinoise.
Fú Xī (伏羲) est le légendaire inventeur du Yì jīng jusqu’au roi Wén Wáng (文王), qui fut le premier roi de la dynastie Zhōu. Wén Wáng (ou Ji Chang l'étincelant) est aussi considéré comme le premier lettré de l’histoire de la Chine (d’où son nom : Wén qui signifie écriture "à vérifier"). La connaissance du Yì jīng a été pleinement utilisée et développée durant la dynastie Zhōu et a su demeurer vivante jusqu'à ce jour.
Le Yì jīng est peut-être la plus ancienne tradition vivante qui a su préserver sa transmission sans traduction intermédiaire. C’est une écriture sacrée dont la langue est toujours actuelle ; un peu comme dans la tradition hébraïque, à la seule différence que le Yì jīng est nettement plus accessible par le fait qu’un grand nombre d’adeptes s’y adonnent et que l’évolution dans ce domaine est considérable.
Il y a une trentaine d’année le Yì jīng ne comptait spécialement que sur deux interprétations en français (Philastre et Wilhelm), alors que maintenant, il y a un grand nombre de spécialistes, à tel point que les chinois semblent y trouver un nouvel essor.
Le classique des changements est un ouvrage qui enseigne que la loi immuable du changement est simple et constante.
Le Yi jing sert à façonner l'avenir et non le prédire, car l'avenir se dérobe à celui qui peut le voir.
Le Yi jing ou livre des mutations est la plus ancienne œuvre écrite de la Chine qui a sa place parmi les écritures sacrées.